Fausse couche : et si ta matrescence avait déjà commencé ?

Ce weekend, j’étais à un mariage. Et comme souvent quand je me présente en soirée, à peine les mots « fausse couche », « arrêt de grossesse » ou « difficultés à concevoir » prononcés… une confidence arrive. Une histoire vécue il y a des années, et qui avait encore besoin d’être dite.

Ces confidences me rappellent à chaque fois une chose : après une fausse couche, on ne perd pas « juste » une grossesse. Quelque chose en nous a déjà commencé à changer, et ne s’efface pas.

Ce quelque chose a un nom : la matrescence. Et j’en suis convaincue aujourd’hui, en tant que doula et en tant que femme : la fausse couche nous fait entrer dans la matrescence. Par la porte la plus douloureuse qui soit.

Aquarelle Projet Mama : femme en robe rose marchant vers une arche de lumière et une étoile dorée, symbole du passage de la matrescence après une fausse couche

Après une fausse couche, on ne vit pas « juste » une perte

On était enceinte. On se voyait déjà mère de ce bébé-là. On avait peut-être imaginé son prénom, la date de sa naissance, la place qu’il prendrait dans nos vies. Et du jour au lendemain, tout s’arrête.

Autour de nous, on entend souvent : « c’était tôt », « tu en auras d’autres », « au moins tu sais que tu peux tomber enceinte ». Comme si rien ne s’était passé.

Pourtant, on a porté ce petit bout de vie. On a changé. Et c’est sans doute pour ça que tant de femmes se sentent perdues après une fausse couche : elles vivent un deuil, oui, mais aussi une transformation identitaire que personne ne nomme.

Aquarelle d'une silhouette de femme sur une colline sous un croissant de lune doré : la matrescence, grand passage de femme à mère

La matrescence, c’est quoi ?

La matrescence, c’est le grand passage que vit une femme en devenant mère. Le mot a été créé en 1973 par l’anthropologue Dana Raphael, puis remis en lumière par la chercheuse Aurélie Athan, de l’université Columbia.

Pour faire simple : c’est comparable à l’adolescence. Le corps change, les émotions débordent, l’identité se cherche. La place dans le couple, dans le travail, dans le monde : tout bouge en même temps.

Et on en parle si peu ! Beaucoup de femmes traversent ce bouleversement sans pouvoir le nommer. Avec, souvent, la petite voix qui dit : « c’est moi qui n’y arrive pas ».

 

La matrescence commence bien avant la naissance

On associe souvent la matrescence à l’arrivée du bébé. Mais Aurélie Athan, dans sa définition élargie, la fait commencer dès la préconception. Ça rejoint profondément ce que je vois en accompagnement.

Dès que le désir d’enfant s’installe, quelque chose bouge déjà :

  • on se projette, on imagine ce bébé, cette nouvelle vie ;
  • on commence à se regarder autrement, comme une future mère ;
  • on vit l’attente, les espoirs de chaque cycle, parfois les déceptions ;
  • le couple se transforme, les priorités aussi.

Le bébé n’est pas encore là. Mais la mère, elle, a déjà commencé à naître.

Aquarelle d'un nid enveloppant une étoile dorée : le bébé étoile et l'entrée dans la matrescence après une fausse couche

La fausse couche, une entrée brutale dans la matrescence

Alors quand une grossesse s’arrête, ce passage déjà commencé ne s’arrête pas avec elle. La fausse couche nous plonge d’emblée dans la matrescence… sans le bébé dans les bras.

On se retrouve à vivre tous les bouleversements d’une femme qui devient mère (le corps, les émotions, l’identité, le couple) en même temps que le deuil de ce bébé. C’est une double traversée, souvent invisible pour l’entourage. Et c’est pour ça qu’elle mérite d’être reconnue, et accompagnée.

Une voie douloureuse, mais qui peut ouvrir quelque chose de précieux

Je ne dirai jamais que la fausse couche est une chance. Je ne la souhaite à personne.

Mais une fois qu’on l’a vécue, elle peut aussi ouvrir quelque chose de précieux : vivre la suite de son Projet Mama en conscience. Plus à l’écoute de soi, de ses besoins, de ce qui compte vraiment. Et ça, c’est un vrai trésor pour traverser ensuite sa matrescence.

C’est ce que j’ai vécu après ma propre fausse couche, sans m’en rendre compte tout de suite. J’en parle plus longuement dans cet article : Fausse couche : et si, derrière l’épreuve, se cachait un cadeau (TRÈS mal emballé) ?

Ma propre matrescence, des années plus tard

Aujourd’hui, je traverse moi-même ma matrescence, en même temps que le cap des 40 ans, avec mes 2 garçons encore petits, nés à 2 ans d’écart. C’est intense, remuant, déstabilisant… malgré toutes mes pratiques de gestion du stress et des émotions ! Et pourtant, je me nourris de chaque moment, les plus heureux comme les plus difficiles.

Ce que je comprends, c’est que la matrescence ne se vit pas en quelques semaines. Elle se vit par vagues, parfois pendant des années. Et quand je regarde en arrière, je sais qu’une partie de la mienne a commencé bien avant mes garçons : avec ma fausse couche.

Ce que j’ai appris en accompagnant les Femmes après une fausse couche

En accompagnant les Femmes sur la durée, j’ai été témoin de très belles transformations. Des Femmes arrivées le cœur en miettes (et c’est peu de le dire), qui ont peu à peu retrouvé leur élan, leur force… et qui m’ont demandé de continuer à marcher à leurs côtés : un nouveau désir d’enfant, une grossesse arc-en-ciel, un changement de cap, la période houleuse de la matrescence…

C’est comme ça que j’ai compris que ce que j’aime profondément, c’est accompagner les Femmes dans leurs transformations, quoi qu’elles soient en train de vivre.

Après une fausse couche, comment prendre soin de sa matrescence ?

Quelques pistes simples, que ta fausse couche soit récente ou plus ancienne :

  1. Mettre un mot sur ce que tu vis. Savoir que tu traverses un deuil ET une matrescence, c’est déjà te sentir moins seule et moins « anormale ».
  2. Reconnaître la mère que tu es déjà devenue. Pour ce bébé-là aussi, même s’il n’est pas dans tes bras.
  3. Accueillir l’ambivalence. Tristesse et gratitude, colère et envie d’avancer peuvent coexister. Tout a sa place.
  4. Te réserver des temps rien qu’à toi, même courts : une respiration, une marche, un moment d’écriture.
  5. En parler. À une amie, à ton ou ta partenaire, dans un cercle de femmes… Même des années après, ton histoire mérite d’être entendue.
  6. Te faire accompagner si tu en ressens le besoin. Tu n’as pas à traverser ça seule.

Si ta fausse couche est récente, tu trouveras aussi des repères concrets dans ma page de soutien après une fausse couche et dans les questions fréquentes après une interruption de grossesse.

Je peux t’accompagner, où que tu en sois

Ça te parle ? Toi aussi, tu sens que ton désir d’enfant, logé au cœur de ton ventre depuis si longtemps, transforme déjà peu à peu la femme que tu es en train de devenir ?

Si tu as envie d’en parler, je suis là, à ton rythme :

  • 💫Tu viens de vivre une fausse couche ? La Séance Déclic (Mama Étoile) a été pensée pour ce moment-là.
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Je suis doula : mon terrain, c’est l’écoute, l’énergie et le soutien du cœur.

Questions fréquentes : fausse couche et matrescence

Est-ce qu’on vit la matrescence après une fausse couche ?

Selon moi, oui : la fausse couche plonge d’emblée dans ce passage, sans le bébé dans les bras. C’est une des raisons pour lesquelles elle bouleverse autant, et mérite d’être accompagnée.

Est-ce qu’on est déjà mère après une fausse couche ?

Beaucoup de femmes le ressentent ainsi, et ce ressenti est légitime. Tu as porté ce bébé, tu l’as imaginé, tu as commencé à changer pour lui. Personne n’a à te dire ce que tu dois ressentir.

Qu’est-ce que la matrescence ?

C’est le passage de femme à mère, sur les plans physique, émotionnel, identitaire et social. Le mot a été créé par l’anthropologue Dana Raphael en 1973.

Quand commence la matrescence ?

Pour beaucoup, elle commence dès le désir d’enfant, et même dès la préconception selon la définition élargie d’Aurélie Athan. Elle ne s’arrête pas à la naissance et peut durer des années.

Tristesse après une fausse couche : quand demander de l’aide ?

Le deuil et la matrescence ont leurs hauts et leurs bas. Si la tristesse, l’épuisement ou l’anxiété s’installent et t’empêchent de vivre ton quotidien, parles-en à ton médecin ou à ta sage-femme.

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